Pourquoi la TV marocaine devient incontournable pendant le Ramadan
Le phénomène est réel et documenté : pendant le Ramadan, la TV marocaine — et particulièrement les chaînes nationales comme 2M et Al Aoula — connaît une augmentation spectaculaire de ses audiences. La raison est simple : la production cinématographique nationale concentre plus de 70% de ses réalisations annuelles sur ce mois. Sitcoms, téléfilms, séries — le contenu est là, l'audience suit.
La tranche du Ftour est particulièrement puissante. Les familles sont réunies, l'attention est captive, les habitudes de consommation sont bouleversées. Pour un annonceur qui cherche à construire de la couverture nationale rapidement, c'est une fenêtre de diffusion exceptionnelle.
L'encombrement : le revers de la médaille
Mais voilà le problème : tout le monde le sait. Et quand tout le monde se précipite sur les mêmes tranches horaires, les mêmes chaînes, les mêmes formats, l'encombrement publicitaire devient tel que la mémorisation s'effondre.
Une marque qui lance sa première campagne TV pendant le Ramadan, face à des annonceurs établis qui investissent depuis des années sur les mêmes supports, a très peu de chances d'émerger. Elle paie un tarif premium — les espaces se négocient souvent deux à trois fois plus cher qu'en période normale — pour une visibilité noyée dans la masse.
C'est un paradoxe que j'ai observé régulièrement : l'annonceur qui investit le plus pendant le Ramadan n'est pas nécessairement celui qui en tire le plus de bénéfice.
L'erreur du budget concentré sur les événements
La situation la plus problématique que j'ai vue sur le terrain est celle de l'annonceur qui reste silencieux toute l'année et consacre 80 à 90% de son budget à des moments exceptionnels — Ramadan, CAN, Coupe du Monde, Aid. L'intention est compréhensible : profiter des audiences maximales pour maximiser l'impact.
La réalité est souvent décevante. La notoriété d'une marque se construit dans la durée, par la répétition et la cohérence. Un consommateur qui voit votre message une seule fois, noyé dans un flot publicitaire intense, pendant une période d'exception, retient rarement le message. Celui qui voit votre marque régulièrement, même avec moins d'intensité, finit par vous connaître, vous reconnaître, et potentiellement vous choisir.
La présence régulière — même modeste — surperforme presque toujours la présence intense mais ponctuelle.
À retenir
- Le Ramadan est une opportunité réelle pour les marques déjà établies qui cherchent à maximiser leur couverture
- Pour une marque nouvelle ou peu connue, l'encombrement du Ramadan peut neutraliser l'investissement
- Concentrer 90% de son budget sur des événements exceptionnels est une stratégie à haut risque
- La régularité de présence tout au long de l'année construit plus efficacement la notoriété que les pics ponctuels
- Les tarifs premium du Ramadan doivent être mis en balance avec la réalité de l'encombrement et du coût réel d'impact